Le 1er janvier 2026, le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l'UE est entré en phase définitive, obligeant les importateurs d'acier, d'aluminium, de ciment, d'engrais, d'hydrogène et d'électricité à acheter des certificats carbone à 75,36 €/tCO₂. Couvrant environ 50 milliards d'euros d'importations annuelles, il suscite déjà des frictions commerciales, des menaces de représailles et une adoption accélérée de mécanismes similaires dans le monde.
Qu'est-ce que le CBAM ?
Le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières vise à empêcher les fuites de carbone. Entré en vigueur en mai 2023 avec une phase de déclaration transitoire, il impose, depuis 2026, des obligations financières réelles. Les importateurs doivent devenir « déclarants autorisés » et restituer des certificats correspondant aux émissions intégrées. Dès la première semaine, plus de 12 000 opérateurs ont demandé une autorisation, et les principaux pays d'origine sont la Turquie, la Chine, l'Inde, le Canada, Taïwan et le Vietnam, le fer et l'acier représentant 98 % du total.
Mise en œuvre progressive en 2026
La charge financière augmente graduellement. Un « facteur CBAM » limite la responsabilité à 2,5 % des émissions en 2026, pour atteindre 100 % en 2034, année où les quotas gratuits de l'UE seront supprimés. Une tonne d'acier de haut-fourneau coûte aujourd'hui environ 3,77 €, mais selon Fastmarkets, ce montant pourrait atteindre 72,75 € d'ici 2030. Les prélèvements totaux sur l'acier et l'aluminium devraient atteindre 9 milliards d'euros en 2026 et 22 milliards en 2035. En juin 2026, l'UE a décidé d'étendre le CBAM à environ 180 produits en aval (pièces automobiles, électroménager) à partir de 2028.
Tensions commerciales et contestations à l'OMC
La mise en œuvre du CBAM a provoqué de vives réactions. L'Inde, confrontée à une hausse de 25 % du coût de ses exportations d'acier, menace de représailles. La Chine a formellement saisi l'Organisation mondiale du commerce (OMC). La Russie a déposé le différend DS639, première contestation devant un groupe spécial. Les États-Unis mettent en garde contre des répercussions commerciales. Les pays en développement, comme le Brésil et l'Afrique du Sud, dénoncent un protectionnisme vert. La légalité du CBAM à l'OMC dépend de sa conformité avec les exceptions environnementales de l'article XX du GATT, ce qui reste incertain.
L'effet Bruxelles : la tarification carbone se mondialise
Le CBAM inspire d'autres pays. Le Royaume-Uni lancera son propre CBAM britannique le 1er janvier 2027. Le Canada, sous Mark Carney, propose un système lié à ses marchés du carbone provinciaux. L'Australie, le Japon et la Corée du Sud étudient des dispositifs comparables. La Chine et l'Inde accélèrent leurs systèmes nationaux d'échange de quotas pour protéger leurs exportateurs. « Le CBAM n'est plus seulement une histoire européenne, » déclare un responsable de l'UE. « Il redéfinit la compétitivité carbone mondiale. »
Cauchemars de conformité pour les entreprises
Pour les fabricants, la traçabilité des émissions intégrées dans des chaînes d'approvisionnement complexes constitue un défi majeur. Le secteur de l'acier, en particulier, doit concilier protection contre les importations à fortes émissions et hausse des coûts à court terme. La décarbonation de l'acier est cruciale. Selon S&P Global, 2026 est une année charnière : le CBAM promet un cadre de décarbonation, mais complique les chaînes d'approvisionnement et augmente les prix.
Foire aux questions
Combien coûte un certificat CBAM ?
Le prix suit le prix du SEQE de l'UE : 75,36 €/tCO₂ au T1 2026, 75,28 € au T2. À partir de 2027, il sera publié chaque semaine.
Quels produits sont couverts en 2026 ?
Six secteurs : ciment, fer et acier, aluminium, engrais, électricité et hydrogène. L'extension à 180 produits en aval est prévue pour 2028.
Quand a lieu la première échéance ?
L'achat de certificats commence le 1er février 2027, avec la première déclaration annuelle due avant le 30 septembre 2027. Des rapports trimestriels sont exigés en 2026.
Les pays en développement ont-ils un traitement spécial ?
Pas d'exemption, mais le facteur CBAM progressif (2,5 % en 2026) leur donne le temps de s'adapter. Une tarification carbone nationale équivalente peut être déduite.
Perspectives
Le CBAM devrait réduire les fuites de carbone de 30 % et générer 1,5 milliard d'euros par an d'ici 2030, tout en supprimant les quotas gratuits d'ici 2034. Son succès dépendra de la résolution des litiges à l'OMC et de l'accompagnement des pays en développement pour construire les infrastructures de comptabilité carbone. L'ère du carbone gratuit dans les échanges internationaux est révolue.
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